Etre enceinte quand on a déjà un enfant autiste

enceinte quand on a un enfant autiste

Le Petit Prince a dit : « Alors je vais avoir un petit frère ou une petite sœur ? »

C’était il y a un peu plus de 4 ans. Nous avons annoncé très vite au Petit Prince que j’attendais un autre enfant. Parce que c’était une vraie bonne nouvelle… et pourtant…

Je partage avec vous aujourd’hui un des moments les plus douloureux de ma vie, quand j’ai clairement perdu la raison, parce que être enceinte quand on a déjà un enfant autiste, c’est loin d’être anodin.

Je ne pensais pas avoir de nouveau un enfant pour être honnête. Même quand je me suis mariée avec l’Homme, nous avions abordé le sujet bien entendu et ça ne lui posait pas de problème : en fait je n’avais pas envie de « porter » un enfant, alors nous avions envisagé l’adoption très sérieusement. Nous attendions juste que ce soit le bon moment pour nous d’accueillir un enfant dans notre foyer.

Je fais une parenthèse mais nous envisageons toujours d’adopter un enfant 😀 ! La seule chose aujourd’hui qui fait que nous ne sommes pas dans les démarches, c’est que nous estimons que nous n’avons pas encore les moyens d’élever un troisième enfant, mais ce n’est que partie remise !

Bref je reviens à mon histoire : je suis restée longtemps avec cette idée que je n’aurais pas d’autre enfant et puis, ça m’a pris d’un coup. J’ai eu envie de « couver » – c’est le mot que j’ai employé à l’époque et qui décrit le mieux ce besoin physiologique qui s’est emparé de moi. L’Homme était ravi et 4 mois plus tard je tombais enceinte. Mais je n’étais pas prête.

Ce n’est pas parce que j’ai eu ce désir de couver que j’étais prête à accueillir un autre enfant. Quand j’ai compris que j’étais enceinte, j’ai vécu les 3 mois les plus horribles de ma vie. J’ai perdu la raison.

J’étais heureuse sur le moment, car j’avais pensé, je ne sais pas pourquoi, que j’allais mettre un temps infini avant de tomber enceinte. Au moins, j’avais réussi cette partie là. Et puis c’est vrai, c’était une joie donc nous l’avons très vite annoncé au Petit Prince, parce que pour lui c’était aussi un vrai changement à vivre, et il était très content, impatient même, d’avoir un petit frère ou une petite sœur. Tout se passait bien, en apparence, mais pour moi, je suis rentrée dans un cauchemar.

J’ai été prise d’une effroyable panique. Et curieusement, je n’ai pas eu peur d’avoir un enfant autiste. J’y ai pensé, forcément, mais pas plus que ça, certainement parce que cet enfant venait d’un autre papa.

J’étais terrifiée mais je ne savais pas par quoi. Je me suis trouvée plein de motifs à cette terreur dont deux principaux : le premier, complètement stupide, était qu’on n’avait pas les moyens financiers pour élever correctement un autre enfant; c’était faux, mais… Le deuxième, plus vicieux, plus difficile à avouer, était que j’avais peur de ne pas aimer cet enfant. Le Petit Prince est toute ma vie, il a conditionné toute ma vie, je l’aime par dessus tout et je ne pouvais pas imaginer donner autant d’amour, de dévouement inconditionnel à un autre enfant : c’était impossible pour moi.

Alors… alors j’ai perdu la raison. Très rapidement j’ai pensé que le bébé était « non viable » (ce sont les mots que j’employais alors, à l’époque). Je croyais, vraiment, que le bébé ne vivait pas dans mon ventre. Voilà, fin de l’histoire. J’ai vécu comme ça de nombreuses semaines, à penser que je portais un enfant mort dans mon ventre. Quelle folie !

Quand je suis allée voir la gynécologue pour la première fois, elle m’a examiné et en ce qui me concernait, tout allait bien. Je lui ai demandé timidement si le bébé aussi mais elle n’avait pas d’appareil pour écouter les battements de son cœur. Du bout des lèvres, je lui ai parlé de ce que je ressentais, que je pensais que le bébé était « non viable ». Elle m’a mis au pied du mur : elle m’a fait un papier pour faire une échographie bien avant la première échographie de la 11ème semaine de grossesse.

Je me souviens d’être repartie avec mon papier entre les mains, d’être allée chez ma mère, lui dire que tout allait bien, et d’éclater brutalement en sanglots, de m’effondrer sur le sol. Devant l’affolement de ma mère, j’ai sorti ce qui véritablement me traumatisait depuis des semaines : j’avais peur d’avoir un enfant « normal ». C’était même plus qu’une peur, c’était une véritable angoisse pour moi car je ne savais pas du tout comment élever un enfant « normal » et c’était la cause de mon délire depuis des semaines qui faisait que j’étais persuadée que le bébé était mort.

C’est là que j’ai pris conscience de ma folie. Alors j’ai essayé de reprendre le contrôle et j’ai décidé de ne pas passer cette échographie mais d’attendre l’échographie officielle des 11 semaines. A partir de ce jour là, j’ai repris pied dans la réalité, j’ai commencé à prendre des rondeurs, j’ai accepté ma grossesse. J’avais peur, c’est sûr, peur de ne pas aimer cet enfant surtout, je pensais qu’il n’y avait pas de place pour lui dans mon coeur. Mais je n’avais plus peur qu’il soit mort, et c’était déjà ça.

Ma grossesse s’est plus ou moins bien passée, mais j’ai pris le temps d’accepter la présence de cette petite poupée, jusqu’à devenir complètement impatiente de la rencontrer ! Elle est même née après terme, la chipie, elle nous a fait attendre !

Et puis, quand j’ai eu ce petit bout de femme sur mon ventre, qu’elle a commencé à téter goulument quelques minutes seulement après avoir vu le jour, le soulagement, le bonheur, la plénitude se sont emparés de moi.

Ces sentiments négatifs qui planaient au-dessus de moi se sont envolés. Ma fille, mon mini-moi est arrivée dans ma vie, elle nous a comblé, aussi bien l’Homme que Le Petit Prince et moi. Il manquait une personne dans notre famille, nous n’en avions pas conscience, mais sa présence a comblé un vide.

Une fille pour l’Homme et moi, une sœur pour le Petit Prince. La Petoufette a bientôt 3 ans et demie, elle a une vraie complicité avec son grand frère, elle est magique ! Et pour ceux qui voudraient savoir, elle n’est pas autiste. Elle est râleuse, capricieuse, énervante, très présente, elle passe sa vie à chanter à tue-tête, à embêter son frère, à jouer avec le chien. Elle m’a permis de décentrer mon attention sur le Petit Prince, et ça c’est important. Et j’ai compris aussi que le cœur grossit au fur et à mesure qu’on y met des gens à aimer dedans : il y a toujours de la place !

Voilà mon histoire. C’est un sujet que j’ai abordé avec deux mamans la semaine dernière, chacune pour des motifs différents. On a tous une raison d’avoir la trouille quand on a déjà un enfant autiste. Peur d’avoir un deuxième enfant autiste, peur qu’il ne le soit pas… Même quand on croit savoir ce qu’on veut, on n’est pas à l’abri de devenir dingue.

Faire un autre enfant, c’est prendre un risque. Et ce sont nos croyances qui déterminent ce risque. Mon risque à moi était qu’il ne soit pas autiste. Pour d’autre ce sera qu’il le soit. Quel que soit ce risque il faut être prêt psychologiquement à le courir, et il ne faut pas hésiter à se faire aider. Je regrette ces semaines infernales, j’aurais dû consulter au lieu de m’enfermer dans ma psychose et ma douleur.

Je vous ai tout dit. Le sujet est vaste, difficile, il faut en discuter. Laissez des commentaires pour entamer la discussion.

Bises,

Elvire

12 réflexions sur “ Etre enceinte quand on a déjà un enfant autiste ”

  • 07/04/2014 à 10:32
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    Et oui c un enorme sujet antoine va avoir 4 ans autiste leger qui ne parle toujours pas et nous venons tous juste de prendre la decission de lui faire un petit frere ou petite soeur , j ai eu du mal a faire le grand pas mais mon conjoints m’a fait comprendre que s’etait le moment pour nous et pour antoine.
    je pense que ca va lui faire du bien maintenant nous attendons que la nature veulent bien faire les chose mais je sais qu on font de moi j’ai trés peur et cela va peut être mettre du temps a arriver.
    Mais votre temoignage ma touché et ma rassuré dans mes doutes, je vous remercie de vos conseils.
    amicalement
    emilie

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    • 13/04/2014 à 19:07
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      Merci Emilie, désolée de répondre si tard… A 4 ans mon fils était toujours non verbal et maintenant il parle comme un livre… comme quoi ! En tout cas, d’avoir une petite soeur a vraiment fait du bien à toute la famille.
      Bises

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      • 24/10/2015 à 00:01
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        Je suis très contente après ma lecture de votre histoire,j ai vraiment aimée votre courage

  • 18/04/2014 à 14:06
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    coucou ma belle une trés bonne nouvelle si tout va bien antoine aura un petit frere ou une petite soeur au mois de decembre
    Et oui plusieurs personnes nous ont dit que le fait d’avoir un petit prés de lui pourrai vraiment l’aider
    la suite dans quelques mois et tous avance pour lui nous devons avoir pour le mois de septembre une AVs pour lui enfin aprés un an de combat
    Encore merci pour tout
    bisous

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    • 18/04/2014 à 17:22
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      woooooooooo ! CHAMPAAAGNE ! Ah ben, non, t’as pas le droit 😀

      Bon je suis super contente pour vous, c’est bien, très bien, c’est une belle nouvelle !

      Bravo aussi pour l’AVS, le jeu en vaut la chandelle, Antoine va pouvoir apprendre plein de choses en milieu scolaire ordinaire, c’est merveilleux !

      Bon, je suis hyper contente, quelle bonne nouvelle !
      <3

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  • 26/04/2014 à 07:18
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    une décision pas si facile à prendre, bravo à vous mesdames

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  • 30/06/2014 à 20:57
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    Il est probable que les sentiments soient décuplés quand le premier enfant est autiste (ou un autre handicap, d’ailleurs) mais les peurs que tu décris, je les ai vécues aussi alors que mon enfant allait bien. J’avais peur de ne pas l’aimer, j’avais un fils et j’ai été rassurée quand j’ai su que c’était encore un garçon (je savais faire !), j’avais aussi peur qu’il s’arrête de vivre, j’avais aussi peur d’enlever des choses à mon ainé mais aussi à ce bébé, qui devrait partager alors que son grand frère n’avait pas partagé… Alors, je ne peux pas me mettre à ta place mais j’ai quand même cru lire ce que je ressentais…

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    • 01/07/2014 à 11:28
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      Merci Fany… La venue d’un deuxième enfant bouleverse beaucoup de chose. Et comme tu dis, il est probable que ce soit décuplé quand l’ainé est autiste.

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  • 11/05/2015 à 11:18
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    Je suis très émue par votre témoignage, je suis maman d un petit garçon autiste atypique de 3 ans et demi, il y a d autres cas d autisme léger dans la famille, et je M étais « fait une raison » et avait conclu qu un autre enfant était de la folie (le trouble de mon petit garçon est tout à fait gerable mais si pour le suivant c était plus grave…) la semaine dernière j avais même décidé de me séparer de tout ce matériel de puériculture qui ne servirai plus… sauf que je viens de découvrir que je suis enceinte, un bébé pilule et depuis c est le chaos dans ma tête et dans mon coeur… des milliers de questions se bousculent, la première bien sûr concerne le « risque » d autisme et le degré associé, mais aussi ma capacité à aimer cet enfant autant que mon premier, nous sommes très fusionnel et j ai l impression de le trahir (alors qu en étant honnête ça lui ferai du bien), le papa est content mais lui même invalide je M occupe de tout toute seule et j ai peur de ne pas être à la hauteur… j ai toujours voulu être mère, ces enfants sont des miracles (j ai eu un cancer du col et on M avait dit que je n aurai peut être jamais d enfant ) et je culpabilise de ne pas être 100 pour 100 heureuse de cette grossesse (je le sais depuis hier et comme c était vraiment inattendu c est peut être pour ça…)je n arrete pas de pleurer, j ai vraiment très peur et vos témoignages M aident à me rassurer.
    Merci
    Maroussia

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    • 11/05/2015 à 14:29
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      Maroussia, ne vous en fait pas, si bébé il y a il y aura de la place dans votre coeur pour accueillir ce nouvel enfant 😀 Bon courage à vous !

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      • 24/10/2015 à 00:08
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        Bravo vous êtes déjà à la hauteur ne t’inquiète pas tous va se passer bien.

  • 03/05/2017 à 07:41
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    Bonjour , votre article m’a fait du bien, mon grand garçon doit être diagnostiqué plus précisément mais suite à un bilan pluridisciplinaire les conclusions parlaient d’autisme . J’ai très envie d’un bébé 2 mais j’ai peur, peur d’avoir un autre enfant autiste, peur que mon grand m’accapare plus que le bébé… Vos commentaires m’ont rassuré d’une certaine façon et je vous en remercie

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